شبكة الإستخبارات الإسلامية

Comment le colon de la France-Israel a infiltré et controle les services algériens

Du MALG au DRS
Histoire des services secrets algériens
 


Au moment de la sortie de L'Algérie des généraux (Max Milo, 2007), une des critiques faite  par certains journalistes est que le livre ne consacre pas un seul chapitre aux services secrets,  pire encore on m‘a fait remarqué que dans l'organigramme réservé aux différentes successions à la tête de la hiérarchie militaire il manquait celle des services secrets.


La réponse est toute simple, c'est que cette institution ne peut être abordée en un chapitre. Je crois qu'il lui faut réserver plusieurs études pour pouvoir réussir à percer le mystère de cette institution, car  jusqu'à  aujourd‘hui  rares  sont  les  témoignages  des  éléments issus des services secrets algériens. Et ceux qui l'ont fait, ils n‘ont donné  que  des  dossiers  qu'on  appelle  dans  le  jargon  militaire « confidentiel défense ». 


 Ce qui veut dire des informations qui ne présentent pas en  elles-mêmes  un caractère  secret mais dont la connaissance, la réunion ou l'exploitation  peuvent conduire à la divulgation d‘un secret intéressant la défense nationale et la sureté de  l'Etat. Parmi les rares personnes qui ont osé donner quelques éléments de dossiers « secret défense », il y a le général Nezzar, par rapport aux événements  de  1992  dans  son  livre  témoignage,  le lieutenant-colonel Semraoui (ancien bras droit du numéro un du contre  espionnage  Smaïn  Lamari),  sur  la  création  du  Groupe islamique  armé  (GIA)  par  les   services  secrets  algériens  et  le témoignage de Hicham Aboud, chef cabinet de Betchine patron de la Sécurité militaire (SM) entre 1989 et 1990, sur l'assassinat de Mecili à Paris.  Tandis que par rapport à des dossiers « très secret défense », aucun témoignage de militaire appartenant aux services secrets algériens, ni à sa tutelle n‘a été fait à ce jour. Mais ceci ne peut empêcher l'écriture d'un livre à partir d'une étude scientifique et académique pour comprendre cette institution.


Pour la plupart des citoyens algériens, les services sont synonyme d'arrestations  arbitraires,  de  tortures,  de  disparitions,  de  coups d'Etat,  d'assassinats,  mais  aussi  de  gros  complot  contre  l'Etat déjoué, d'arrestations des intouchables…


D'ailleurs qu'on parle de la Sécurité militaire même si aujourd'hui elle  s'appelle  Département  du  renseignement  et  de  la  sécurité (DRS), c'est surtout pour faire référence à quelques grosses affaires telles : le coup d'Etat contre Ben Bella, l'assassinat de Boudiaf, de Krim, de Khider…


Ce travail est une contribution qui vise à lever le voile sur cette institution et de casser  l'un des tabous qui terrorise encore l'écrit algérien.


Le livre comporte une partie historique de l'institution depuis sa création à aujourd'hui ainsi une biographie des principaux chefs qui se sont succédés à la tête de cette institution et aussi ses relations avec certains services de pays étrangers.


La deuxième partie est consacrée aux services intérieurs et le rôle que jouent les services dans le politique depuis sa création, quelques gros scandales ou l'implication des services algériens ou certains de ses éléments sont avérés ainsi sa relation avec le reste de l'institution militaire.


La troisième partie est consacrée essentiellement aux assassinats politiques, depuis Abane jusqu'à Hachani.


La quatrième  partie est consacrée à  l‘implication des  services secrets  en  général,  et   extérieurs  en  particulier,  dans  certains scandales  et  mensonges  d'Etat  (scandales  financiers,  banditisme international, terrorisme…) ainsi que leurs infiltrations de certains mouvements nationalistes à l'étranger…


Abdelhamid Brahimi, l'ancien premier ministre sous Chadli, dit dans son livre Aux  origines de la tragédie algérienne (Hoggar, 2000), concernant les services de sécurité : « Au cours des décennies 1960 et 1970, le régime utilise les services de sécurité pour asseoir et conforter son autorité avec un mépris absolu de l'intérêt général et de la transparence. La  décennie 1980 assiste au renforcement du rôle  des  services  de  sécurité  qui  s'acheminent  allégrement  vers l'autonomie. Cette étape est décisive et a permis notamment à la sécurité militaire de jouer un rôle très actif dans le coup d'Etat de janvier 1992 avant de s'emparer du pouvoir à son profit et à celui de l'armée ».


Enfin je termine cette introduction par cette citation populaire :
« Aussi longtemps qu'il y a des gens qui s'estiment au dessus de la
loi que ce soit dans l'appareil militaire ou civil, aussi longtemps que ces personnes s'estiment dans leur droit de tracer des lignes rouges pour les politiques et de  les choisir selon  leur  modèle, alors le peuple a le droit de se révolter contre ces personnes pour instaurer la justice et faire cesser la hogra ».


En 1963, Boudiaf disait : « Il n'est pire humiliation humaine que d'accepter l'arbitraire le plus criant sans réagir ».


3— RELATIONS DES SERVICES SECRETS

ALGÉRIENS AVEC LES AUTRES SERVICES




L‘existence des relations entre les services secrets dans le monde est chose courante. Loin des politiques officielles, des éléments de deux  services  ennemis  peuvent  se  rencontrer  et  échanger  des informations, si la sécurité et la stabilité des deux pays dépendaient de ces informations. Mais l‘échange d‘information ne veut pas dire une  sous-traitance.  Mais  c‘est  malheureusement  ce  que  font  la majorité des agents des services secrets du tiers monde aujourd‘hui avec  les  services  occidentaux.  Certains  de  ces  éléments  sont répertoriés  comme  indics,  et  aux  meilleurs  cas  comme  agents doubles.


S‘il  y‘a  un domaine ou les espions algériens excellent plus que tout les autres espions de la planète c‘est bien d‘être délateurs (pour certains  sous  traitants)  au  service  du  plus  offrant  des  services occidentaux. On verra plus loin comment nos galonnés se font rémunérer sur certains dossiers ultrasensibles tels l‘affaire Farewell, les vols de la CIA, Carlos… et surtout Alliance Base, une structure qui compromet la souveraineté nationale.


Pour libérer leurs mémoires du fardeau de la haute trahison, nos responsables  analphabètes parlent de coopération bilatérale entre les services. Bien sûr, ils oublient de parler des petites enveloppes remplies de billets vert qui font partie du service après vente. Ou alors  comment  peut-on  arriver  à  expliquer  toute  la  richesse extérieure de ces  responsables en sachant que le meilleur d‘entre eux ne peut dépasser un salaire de 900 euros par mois (parole d‘un général algérien répondant à une question d‘un journaliste en 2004).


C‘est   ainsi   que   comptent  expliquer   ces   responsables  aux générations futures à travers les livres d‘histoire comment un pays d‘un million et demi de  martyrs sous-traite l‘information  de ses citoyens  (dangereux)  aux  services  étrangers.  Beaucoup  d‘anciens responsables des services étrangers rendent hommage aujourd‘hui dans   leur  « Mémoires »  à  leurs  collègues  algériens  pour  leur disponibilité  à  fournir  tous  les   renseignements  voulus  sur  un citoyen algérien dans les plus brefs délais. Et ceci au  moment  où d‘autres  nations souveraines font la guerre en tuant des milliers d‘innocents  rien que pour récupérer un de leurs soldats tombés entre les mains des combattants ennemis.


Certes l‘Algérie  mérite mieux. Mais en sachant que cette manie de  soumission  à  l‘autre  est  présente  dans  une  bonne  partie  de l‘intelligentsia algérienne (hommes politiques, journalistes, écrivains, cinéastes,     musiciens, universitaires…),       le                 proverbe    « on                      est gouverné que par les dirigeants qu‘on  mérite » est  adéquat à la situation algérienne.


Dans  ce  chapitre  les  relations  des  services  algériens  avec  les services soviétiques/russes, français, américains et israéliens seront traitées.  Par  manque  d‘information,  les  relations  avec  d‘autres services  tels  les  services  chinois,  allemands,  etc.  ne  seront  pas abordées.


3.1— Le KGB

Le 13 janvier 1956, Molotov déclare à l‘ambassadeur  de France à
Moscou  que  pour  l‘URSS,  l‘Afrique  du  nord  est  un  probleme
français.  Cette  position  a  été  toujours  la  position  officielle  de l‘Union soviétique sur  l‘Algérie  jusqu‘en  1960. D‘après  M. Wall, Kroutchev  aurait  déclaré  au  début  de  1960  à  De  Gaulle  qu‘il pouvait l‘aider à un règlement du problème algérien et qu‘il préférait que  l‘Algérie  reste aux Français, sinon les Américains prendraient leur place et ça serait pire.


Après l‘échec des pourparlers à Melun, Ferhat Abbas, président du  GPRA,   préconisait  dans  un  rapport  de  politique  générale d‘insérer  le  combat  dans  la  Guerre   froide  pour  accélérer  le processus de l‘indépendance.  Ainsi, en été 1960, il a effectué un voyage en Chine où il a récolté d‘énormes fonds.


La CIA joue la carte de Bourguiba pour éviter ce rapprochement avec  le  bloc  de  l‘Est.   Le  8  octobre  1960,  l‘URSS  reconnait officiellement  le  GPRA.  C‘est  au  cours  de  cette  période  qu‘un groupe d‘étudiants qui a rejoint la révolution en 1956 sera envoyé en  formation au KGB. La promotion sera appelé Tapis Rouge25. C‘est  Vadim Kirpitchenko  qui s‘occupera de la formation de ces jeunes espions. Parmi les célèbres élèves de cette promotion il y a Kasdi Merbah, le futur patron de la sécurité militaire durant 17 ans. Au  contact du KGB, ils apprendront l‘espionnage, la lutte contre les  dissidents,  les  actes  de  terrorisme  à  l‘étranger,  les  écoutes téléphoniques, le sabotage économique, le contrôle des  médias et du  politique  ainsi  que  la  manipulation  des  archives… Mais  ils apprendront aussi comment se procurer les meilleures informations pour  anticiper  et  éviter  les  menaces  de  l‘adversaire  et  surtout analyser afin de vaincre.


Quelques années plus tard, des relations solides lieront certains de ces instructeurs du KGB et certains responsables de la Sécurité militaire. La première grande implication des agents du KGB dans la Révolution algérienne pour discréditer la CIA intervient en avril 1961 quand ils réussirent à faire passer dans le quotidien Paese Sera, un article selon lequel  certains agents de la CIA ont apporté leur soutien au putsch des généraux. Un article repris par Le Monde. Vu le caractère exceptionnel de l‘affaire, Dulles a été poussé à faire un démenti.  Après  l‘indépendance,  les  experts  militaires  soviétiques prendront en charge la formation des militaires algériens. En contre partie les Soviétiques ont reçu l‘accord d‘investir dans la sidérurgie, le pétrole et le gaz (création de l‘Institut algérien du pétrole et du gaz et une aide pour la construction d‘une usine sidérurgique). Le 8 novembre      1964,           Boumediene,         ministre       de      la                 Défense,  vice- président du Conseil participe à une réception donné à l‘ambassade de  l‘URSS  à  Alger  à  l‘occasion  de  la  Révolution  d‘octobre.  La réception est donnée par le tout nouvel ambassadeur soviétique en Algérie Nicolas Pigov. Le 12 mars 1965, il y a eu le départ de 250 élèves         officiers       algériens      pour            Moscou         afin  d‘effectuer     une formation technique. Le 23 avril 1965, une importante délégation militaire conduite par Boumediene arrive à Moscou. Elle séjournera jusqu‘au 11 mai. Devant ce fait, Ben Bella, qui se méfiait de plus en plus de son ministre de la Défense, dépêchât une  délégation du parti (proche de lui) à Moscou pour espionner ce déplacement. Deux jours après le coup d‘Etat, Boumediene a dépêché Ben Yahia à Moscou pour rassurer les Soviétiques. Il a été reçu par Brejnev, Gromyko et Kossyguine. Ben Yahia était l‘ambassadeur de l‘Algérie en URSS depuis l‘indépendance avant qu‘il ne soit nommé quelques jours avant le coup d‘Etat à Londres. Le 20 juillet 1965, suite à un rapport favorable du KGB, le parti communiste et le gouvernement soviétique  réaffirment  leur  satisfaction  dans   les  liens  amicaux soviéto-algériens. Le 13 décembre 1965, Boumediene effectue une visite d‘une semaine en URSS26.

L‘année 1967 marquera le grand tournant dans la relation entre la Sécurité militaire Algérienne et le KGB. Au cours de cette année, Vadim Kirpetchenko devient le directeur du département Afrique au sein du KGB. Au mois de mars, suite à des rapports d‘agents du KGB faisant état d‘une  guerre prochaine inévitable entre Israël et les Arabes, Brejnev annule un voyage en Algérie. Boumediene a vite compris que l‘URSS ne veut pas s‘impliquer avec des régimes non surs.  En  outre,  l‘un  des  hauts  responsables  des  moukhabarates égyptiennes  et  conseiller  de  Nasser,  également  agent  du  KGB, adresse  des  rapports  rassurants  sur  une  victoire  écrasante  des armées arabes. Le 16 mars, Boumediene organise  une réception à l‘honneur des coopérants se trouvant en Algérie. Une réception ou tous les espions accrédités en Algérie ont été invités, une façon de tester la température. Après la débâcle des armées arabes en général et de l‘armée égyptienne en particulier devant l‘armée israélienne au bout de six jours, Boumediene dénonce la capitulation de l‘Egypte. La  SM, à travers le FLN, organise des marches populaires ou les manifestants  traitent Nasser  de  lâche  et  crient  à  la  trahison  de l‘URSS.  Après  l‘annonce  le  6  juin  de  la  rupture  des  relations diplomatiques avec les ETATS-UNIS, Brejnev dépêche son agent spécialiste du  monde arabe Evgueni Primakov à Alger. Quelques jours après, fin juin, la CIA veut se débarrasser d‘un agent devenu très gênant en Afrique. Elle monte un coup digne des films  de James Bond. Sachant que la SM algérienne, un des alliés du KGB en Afrique, aimerait  bien venger un ancien camarade. Elle monte un  scénario  avec  un  agent  des  services  de   Mobutu,  Francis Bodeman, que la SM considérait comme un de ses sous-marins. Au début  des  années  1960  Lumumba  président  pro  soviétique  du Congo a été renversé par la CIA. Il a été remplacé par le chef des Katanga Moise Tshombé. Lumumba a été assassiné  à coups de pierres par les partisans de Tschombé. Le 1er  juillet 1967, l‘avion transportant Tshombé est détourné par Francis Bodeman sur Alger.

A l‘aéroport  militaire  de  Boufarik,  Tschombé  est  arrêté  par  la Sécurité Militaire27. À ce moment tout le monde considérait que le KGB  était  derrière  ce  détournement.  Le  19  juillet,  Tschombé comparait  devant  la  chambre  criminelle  de  la  Cour  suprême d‘Alger. Le 21 juillet, se rendant compte du cadeau empoisonné de la CIA qui risquait de nuire à la  relation avec le KGB, la Cour d‘Alger  donne un avis favorable à l‘extradition  de Tshombé.  Une décision qui ne sera jamais exécutée. Tshombé mourra quelques années plus tard d‘une crise cardiaque dans une prison algérienne28. Ainsi la CIA lâche son élément au profit d‘un autre déjà au pouvoir au Congo, à savoir Mobutu. Avec deux chefs se disputant une même chaise, la CIA a choisi celui qui l‘occupe déjà. Ce qui a fait dire à certains analystes que la CIA était de mèche avec la SM. Le 7 novembre 1967, quand l‘AFP a annoncé que la justice espagnole a classé       l‘affaire   de  l‘assassinat   de  Khider,          la                rumeur      n‘a       fait qu‘amplifier la participation de la CIA dans l‘affaire de l‘exilé de Madrid. En juillet 1967,  l‘Algérie a reçu l‘assurance des dirigeants soviétiques que Moscou allait s‘occuper de la  réorganisation des armées arabes et de leur réarmement. En décembre 1967, lors de la tentative de coup d‘Etat mené par le chef d‘état-major le colonel Zbiri, après le refus des aviateurs algériens de bombarder des unités algériennes,    les   instructeurs      soviétiques           ont    reçu l‘ordre          de bombarder les unités mutinées en faisant même des morts chez les civils. Kirpitchenko ne pouvait se permettre de lâcher Boumediene au moment où il était chargé d‘organiser et de financer la rébellion africaine.  En  juillet  1968,  le  journal  tunisien  L’Action  annonce l‘installation des bases soviétiques en Algérie. Deux jours plus tard El Moujahid, organe officiel, dément. Le 15 juillet 1968, le ministre de la Défense de l‘Union soviétique, le maréchal Gretchko, effectue une visite officielle en Algérie. En aout 1968, l‘Algérie s‘oppose aux Nations unies de faire condamner l‘URSS suite aux événements de Prague. La presse algérienne commente ses événements à partir du communiqué de l‘agence  de presse officielle soviétique TASS. Le 25 aout, le chargé d‘affaire  tchécoslovaque conteste cette version des  faits.  Suite  au  détournement  de  l‘avion  israélien  sur  Alger, Boumediene charge Oussedik, ambassadeur de l‘Algérie à Moscou, de remettre un message à Brejnev. Le 31 aout, Boumediene reçoit l‘ambassadeur soviétique à Alger. Le même jour l‘Algérie remet les sept membres d‘équipage et les cinq passagers à la  Croix-Rouge. Une nouvelle campagne est menée dans la presse occidentale sur l‘installation   d‘une  base  soviétique  à  Mers  El  Kébir.  Devant l‘ampleur de la campagne, Réda Malek,  l‘ambassadeur algérien à Paris, dément. Mais l‘arrivée d‘une délégation d‘officiers généraux soviétiques  à  Alger  le  15  octobre  n‘ont  fait  qu‘amplifier  cette rumeur. Ce qui fera  sortir  la presse soviétique de son silence le 23 octobre   pour  apporter   un      démenti           officiel      des               autorités soviétiques29. Ceci fera dire à plus d‘un spécialiste qu‘une guerre de communiqués entre agences d‘espionnage se jouait à ce moment là à  travers  la presse. Boumediene rencontre  le  8 janvier  1969 au ministère de la Défense, en présence de hauts cadres militaires, l‘ambassadeur de l‘URSS et Popovitch membre de la présidence du parti communiste  yougoslave. La réunion du 13 février entre les experts algériens et soviétiques alimentera, quelques mois après, une nouvelle campagne sur la présence des bases soviétiques en Algérie. Le Daily Telegraph affirmait au mois juillet 1969 que l‘URSS  aurait transféré ses bombardiers et ses missiles de l‘Egypte vers l‘Algérie. Malgré ces apparences journalistiques, les espions jouaient plus au poker menteur afin de connaitre la vérité. En 1969, la coopération militaire  entre l‘URSS  et l‘Algérie  marquera le pas. Puis l‘année suivante sera le début d‘un  recul  de cette coopération. En 1971, Chabou sera assassiné le jour où il devait rencontrer une délégation soviétique. La délégation était conduite par le général Kiroutchine, l‘homme  chargé  de l‘instruction  et la formation des parachutistes algériens. Plusieurs facteurs entreront en jeu dans cette degradation des  relations  entre  les  deux  pays  tels  la  concurrence  du  gaz soviétique, le non achèvement de certains projets par l‘URSS. Mais le facteur le plus important c‘est que le KGB commençait à douter de la sincérité algérienne dans cette coopération militaire. Il faut ajouter à cela le fait que la France commençait à reprendre une certaine place en Algérie, surtout après que les deux pays ont trouvé une  solution  à  la  crise  pétrolière.  Le  KGB  doutait  surtout  de certains proches du président algérien répertoriés comme agents sous-traitants de la CIA et de la DST.

C‘est dans cette froideur des relations        que                le          KGB chargera       le                   numéro             deux              du         Parti communiste français (PCF) dans les années 1970 Gaston Plissonier à   récupérer       des       rapports      d‘une taupe          dans                  l‘entourage     de Boumediene30. Lors de la maladie qui couta la vie à Boumediene en décembre 1978, le KGB a réussi à garder le secret de la maladie jusqu‘au  transfert de Boumediene sur Alger. Le début des années 1980 et l‘affaire Farewell marquera la fin de cette coopération entre la SM et le KGB. En 1981, l‘attaché  militaire algérien à Moscou
découvre la collaboration du lieutenant colonel Vetrov, agent du KGB, avec les services français. Il sous-traitera son silence avec la DST lors d‘un passage à Paris. C‘était le début de ce qui s‘appellera l‘affaire  Farewell, mais aussi celle de l‘ère  du désordre en Algérie avec  l‘arrivée  des DAF au pouvoir. Le KGB disparaitra avec la chute du mur de Berlin et la fin de l‘Union soviétique. L‘arrivée de Poutine et de Bouteflika à la tête des deux Etats vont  essayer de relancer ces relations à partir des années 2000. Mais le monde n‘est plus  comme  il  était  dans  les  années  1960.  Certes  la  Russie  est redevenue  le  premier  fournisseur  en  armes  de  l‘Algérie.  Mais plusieurs   officiers   supérieurs   algériens   sont   plus pour un rapprochement avec l‘Occident.


3.2— La DST et la DGSE

Pour rappel, c‘est lors de la restructuration des services français en
1982  que  le  Service  de  documentation  extérieure  et  de  contre- espionnage (SDECE) est devenu Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).


En début  1954,  suite  à  des  informations  fournies  par  des éléments sous-traitants de la DST dans le milieu immigré algérien, la DST demande une autorisation pour le plan « Siroco ». Ce plan prévoyait d‘arrêter des éléments soupçonnés de stocker des armes pour  déclencher un mouvement armé en Algérie. La réponse des autorités               françaises  fut  que   les   rapports  de  la  DST  étaient alarmistes. Après le début de  l‘insurrection  armée en novembre
1954, les Français considéraient que les Algériens étaient incapables à eux seuls de mener une insurrection armée. L‘Egypte de Nasser était pointée ainsi du doigt. C‘est dans ce contexte que la SDECE a mené  une  opération  spectaculaire  à  l‘intérieur  de  l‘ambassade d‘Egypte  à  Paris  où  elle  a  pu  récupérer  toute  les  archives  de l‘ambassade.  Ayant  les  preuves  de  l‘implication  de  l‘Egypte,  la France profitera de la crise de Suez pour déclencher avec la Grande Bretagne et Israël une expédition punitive contre l‘Egypte en 1956. Après le déclenchement de la Guerre d‘indépendance, la DST et les Renseignements  généraux  (RG)  dirigèrent  une  grande  partie  de leurs  enquêtes  dans  le  milieu  immigré  algérien.  En   1958,   ils réussiront à démanteler deux grands réseaux de la Fédération de France et interpeller un grand nombre de militants. Mais ces deux services buteront sur l'OS, bras armée de la Fédération. Ils seront même poussés au ridicule quand la « spéciale » exécutera Chekal au stade  Colombe  en  1958,  alors  qu‘il  était  assis  juste  à  côté  du président Cotty. Jusqu‘à 1961, ni la DST ni les RG ne réussiront à identifier Bouaziz comme chef de la « spéciale ». Plus pire encore, ils découvriront que la spéciale a réussi à les infiltrer. Malgré cela, la plus grande bataille se  jouera entre la SDECE et les services du FLN (RLC, SSP, MARG, MLGC, avant que tous  ces services ne soient regroupés à partir de la fin 1957 sous le nom du MALG). Plusieurs  actions seront menées par la SDECE. La première est « l‘oiseau  bleu », une opération d‘infiltration  des maquis par une unité d‘élite de Harka. La deuxième opération est celle mené par le capitaine Leger, un ancien de la SDECE, avant d‘intégrer les DPU.
Il organisa l‘opération  « Bleuite ». Une opération d‘intox  faisant
croire que les maquis ont été infiltrés par des agents français sous le couvert du ralliement des  étudiants à la cause révolutionnaire. En
réalité, cette opération servait de couverture à une vraie opération d‘infiltration qui débuta à partir de l‘été 1957, plus connue sous le nom de « la promotion Lacoste ». Mais les plus grandes opérations étaient celles menées par le Service Action de la SDECE sous le couvert  de  l‘organisation  « Main  rouge  ». La  « Main  rouge » se spécialisera à travers des renseignements récupérés par ses éléments par la       torture        (des       officiers         de la         SDECE   ont   intégré  les Détachements       opérationnels    de       protection (DOP)   puis    les Dispositifs de protection urbaine (DPU)) pour éliminer des réseaux de soutien en Algérie ou en Europe. Elle s‘appuiera aussi sur des informations recueillies chez certains services tel le Mossad ou chez des  diplomates  arabes  soudoyés  pour  intercepter  des  cargaisons d‘armes destinées aux maquis ou pour avoir des informations sur certains responsables du FLN. Le MALG réussira à identifier et à éliminer  des  cibles  sensibles  qui  servaient  d‘informateurs  à  la SDECE. Les « Malgaches », malgré les  moyens  colossaux utilisés par les agents de la SDECE, réussiront à déjouer cette surveillance. Ils implanteront une base de transmission des plus sophistiquées au Maghreb. Ils feront débarquer sur les plages de Tanger des dizaines de milliers d‘armes non interceptées par les  agents français. Cette guerre  sans  merci   entre           les deux services           continuera   après l‘indépendance. Le courant entre la Sécurité militaire algérienne et la SDECE   a        été       toujours électrique.     
En   octobre 1962,   après l‘indépendance,  la  « Main  rouge »  sera  citée  dans  l‘accident  de l‘avion du magnat du pétrole italien Enrico Mattei31 dans le nord de l‘Italie. Le nabab du pétrole était proche de certains responsables du FLN. L‘accusation est portée par un ancien de la SDECE refugié aux Etats-Unis. Mais la SDECE a toujours nié avoir été derrière cet assassinat. Pire, elle impute cet assassinat à la  CIA via la mafia italienne.


3.4— Le Mossad et les mercenaires33


A travers leurs relais de propagande, les services secrets algériens ont toujours essayé de faire croire aux Algériens que l‘Algérie sera le dernier pays arabe et musulman qui normalisera ses relations avec Israël, et que l‘Etat algérien n‘entretient aucune relation avec l‘Etat hébreu.  Historiquement, le Mossad est un service qui a combattu aux côtés des services français la révolution algérienne. Il a été d‘un appui considérable au SDECE durant la guerre de libération. Cette guerre entre les services israéliens et algériens a continué sous l‘ère de Boumediene.


Malgré les nombreux démentis des officiels algériens, tout porte à  croire  que  ces  personnes  n‘assument  pas  leur  responsabilité. Certains témoignages, dont celui de l‘ancien  ambassadeur d‘Israël en France, montrent avec exactitude l‘existence  de ses relations, mais le témoignage le plus encombrant vient de l‘ancien golden boy Rafik Khalifa qui confirme l‘existence de ces relations au plus haut sommet de l‘Etat. Dans une interview qu‘il a accordée au journal Le Figaro et à la question : « Avez-vous travaillé pour la présidence ? », il répondit :  «  Les carences de l‘Etat  étaient telles que le groupe devait se substituer à l‘Etat (…) Abdelaziz Bouteflika m‘a demandé de  l‘aide  à  propos  de  plusieurs  dossiers,  comme  les  contrats d‘achats   d‘armes   à  l‘étranger,   d‘achat   de  voiture  blindées  sur recommandation           en          Israël ou      des     questions                 d‘image     et    de communication aux Etats-Unis… ».

Malgré le manque de renseignement sur le comment et sur la façon, le MAOL indique  sur son site Internet la manière et les personnes      impliquées.       Une                  longue         liste   de         mercenaires        qui travaillent pour le DRS sont cités. Des mercenaires qui sont payés entre  8000  et  10000  euros  par  mois  d‘après  le  témoignage  de Franck Hugo et Philipe Lobjois dans un livre intitulé Les mercenaires de la république. Parmi ces mercenaires, le Centre de recherche sur le terrorisme donne des CV  détaillés de trois d‘entre eux. Il s‘agit d‘Uri B., Emanuel D. et Stephan D. Deux sont de nationalité sud- africaine et un a une double nationalité (sud-africaine et israélienne). Jusqu‘en  1998, les trois mercenaires ont travaillé pour la société sud-africaine Executive Outcomes.  Après la dissolution de cette société par la justice sud-africaine pour son implication dans  de nombreuses  affaires  douteuse  sur  le  continent  africain,  les  trois personnes ont trouvé refuge en Algérie.


Le commandant Emmanuel D., ancien officier du renseignement sous le régime de  l‘apartheid,  aurait été chargé de la collecte des renseignements sur les réseaux islamistes dans  le monde. Il aurait été derrière une réunion de travail entre les services israéliens et algériens  en  Italie.  Le  capitaine  Stephan  D.,  ancien  officier  du contre-espionnage sud-africain, est  présenté comme un spécialiste de la torture dite « scientifique ». Il est proche du général Tartag. Enfin,  le  commandant  Uri  B.,  ancien  officier  de  l‘armée  sud- africaine,  a  aussi  la  nationalité  israélienne.  Il aurait effectué des achats d‘armements pour l‘armée algérienne  chez les Israéliens. Il supervise  les  entrainements  des  forces  spéciales  à  Biskra.  Il  est considéré  comme  proche  de  l‘ancien  ambassadeur  algérien  en Afrique de Sud.

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