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La Corée du Nord dicte la loi

La Corée du Nord dicte la loi

SEOUL - Le "plan" nord-coréen d'un essai nucléaire a plongé les Etats-Unis et ses amis et alliés asiatiques dans le désarroi, alors même qu'une coopération intense et étroite pourrait être l'antidote à une crise régionale aux conséquences imprévisibles.
De tous côtés, de Washington à Tokyo en passant par Séoul et Pékin, ont fusé les condamnations de la menace, lancée mardi par la Corée du Nord selon laquelle elle avait planifié l'essai d'une arme nucléaire. Il est vrai que ces pays ont protesté avec des degrés variables d'intensité, mais le fait est qu'ils n'ont jamais été aussi loin de se mettre d'accord sur la manière dont il convient de réagir.
L'élévation imminente du gentil et aimable Ban Ki-moon, le ministre des affaires étrangères sud-coréen qui a l'esprit de compromis, au poste de secrétaire général des Nations-Unies ne fait qu'ajouter à la confusion.Il est possible que Ban dénonce sévèrement l'idée de tester une arme nucléaire, mais il est sûr, tout comme le président coréen Roh Moo-hyun, qu'il s'opposera à tout ce qui ressemble de près ou de loin aux mesures énergiques que défend John Bolton, l'ambassadeur controversé des Etats-Unis auprès de l'Onu.Tandis que les responsables sud-coréens se contenteront de mises en garde aux conséquences vagues et parleront d'un "plan d'imprévu stratégique", ils ne veulent rien avoir à faire avec l'appel de Bolton d'aller au-delà des mots et d'adopter des sanctions destinées à paralyser la Corée du Nord.
Le point de vue à Séoul est que les Etats-Unis, à cause de ce qui est considéré comme une ligne "très ferme", ont déjà incité une vive réaction des Nord-Coréens. Le Département du Trésor, notamment, a pris des mesures sévères contre les banques et les sociétés financières perçues à la fois comme relais d'écoulement des "super billets" de 100 dollars, contrefaits en Corée du Nord, et comme blanchisseuses de l'argent découlant de la vente de drogue et d'armes.Les responsables sud-coréens continuent d'espérer que, d'une manière ou d'une autre, Washington va dire que la Banco Delta Asia de Macao, la première cible de l'interdiction des Etats-Unis de faire des affaires avec les banques ou les sociétés étasuniennes, est devenue plus sérieuse et que l'interdiction est levée.
La Corée du Nord a demandé la levée des "sanctions" à plusieurs reprises, tandis que les Etats-Unis ne veulent que les intensifier. C'est pourquoi, Pyongyang en a fait la raison qui justifie son refus de reprendre les pourparlers du groupe des six sur son programme nucléaire, qui se trouve dans les limbes depuis des mois.Ban lui-même a été un acteur majeur dans le blocage de la campagne étasunienne, qui voulaient rajouter une grosse pression dans la résolution adoptée par le Conseil de Sécurité de l'Onu, ordonnant à tous les membres de ne pas faire d'affaires avec Pyongyang dans des domaines qui pourraient aider son programme de missiles, après les essais nord-coréens de sept missiles en juillet.La Corée du Sud et la Chine se sont toutes deux opposées aux demandes des Etats-Unis pour transformer la résolution en base de sanctions, qui auraient mis à mal un peu plus l'économie nord-coréenne, déjà dans un état épouvantable, bien avant que les restrictions sur la Banco Delta Asia et les autres sociétés ne viennent s'ajouter à la détresse.Le rêve des Etats-Unis, tel qu'il est épousé par John Bolton à l'Onu, est que le Conseil de Sécurité arrive avec une autre résolution, qui ferait de la menace d'un essai nucléaire la justification pour de sévères sanctions destinées à mettre à genoux le gouvernement de Kim Jong-il et le forcer à venir quémander la reprise des pourparlers à six. Le "groupe des six" est constitué, outre la Corée du Nord, la Chine, le Japon, la Russie, les Etats-Unis et la Corée du Sud.Ce rêve n'est pas près de se réaliser. La première raison est que la Chine et la Russie s'opposent à toute résolution de ce genre, comme elles l'ont toujours fait, et que la France et la Grande-Bretagne n'y sont pas très chaudes non plus. L'autre raison concerne les Sud-Coréens. Selon eux, le résultat net d'une telle punition serait de garantir que la Corée du Nord teste une bombe ou deux - et de conduire à d'autres essais de missiles, qui pourraient atteindre leurs cibles.
Les responsables sud-coréens préfèreraient de loin que les Etats-Unis s'alignent sur les appels à des pourparlers directs sur une série de questions avec Pyongyang, incluant des sanctions de même que les armes nucléaires. Le refus des Etats-Unis de négocier avec la Corée du Nord, autrement que dans le contexte des pourparlers à six parties à Pékin, est vu par Séoul comme un obstacle majeur au rapprochement. Cependant les différences entre la Corée du Sud et les Etats-Unis pourraient ne pas être aussi profondes que ses problèmes avec le Japon, dont le nouveau Premier ministre, Shinzo Abe, se rendra lundi prochain à Séoul pour rencontrer Roh.Une chose est sûre : Shinzo Abe, depuis longtemps à l'avant-poste de la montée de la droite japonaise, veut être encore plus dur que les Etats-Unis sur la Corée du Nord. La menace que constituent les armes nucléaires nord-coréennes pourrait être tout ce dont le Japon à besoin pour s'écarter de l'Article 9 de sa "constitution pacifique" de l'après Deuxième Guerre Mondiale et autoriser à envoyer des forces à l'étranger pour la défense du pays.En tout cas, Abe pourrait insister pour des sanctions aussi sévères que balayer tout simplement toutes affaires commerciales et financières avec la Corée du Nord. Roh ne voudrait sûrement pas suivre une telle démonstration machiste - et pourrait changer de sujet en tempêtant à propos de ces îlots rocheux, connus par les Coréens sous le nom de Dokdo et par les Japonais sous le nom de Takeshima.Il est aussi certain que Roh avertira Abe des conséquences négatives de sa visite du sanctuaire de Yasukuni, commémorant les Japonais morts pendant la guerre, dont les criminels de guerre. Il pourrait même faire pression sur Abe pour qu'il promette de ne pas se rendre à ce lieu de pèlerinage, lui rappelant les émeutes en Corée du Sud et à Pékin à chaque fois que son prédécesseur, Junichiro Koizumi, a insisté pour s'y rendre.Au milieu de telles diversions, Roh pourrait aussi faire connaître son point de vue, comme il l'a fait de temps en temps auparavant, selon lequel un essai nucléaire nord-coréen ne serait en fait pas dangereux du tout. Il est bien connu que la Corée du Nord possède au moins six - et peut-être même douze - têtes nucléaires, donc quelle est la différence s'ils vont de l'avant et en testent une ?Abe aura déjà reçu un savon sur tout le mal que représente sa venue à Yasukumi et peut-être aussi, de la part du Président [chinois] Hu Jintao, qu'il verra ce dimanche, la veille de son voyage à Séoul, sur l'offense que représentent les livres de classe japonais, qui dissimulent le rôle du Japon dans la Deuxième Guerre Mondiale.Il est inconcevable que Hu Jintao soutienne la ligne dure d'Abe vis-à-vis de la Corée du Nord - une politique que la Chine voit comme une réminiscence des premiers jours de l'impérialisme japonais en Asie, il y a plus d'un siècle. Alors qu'il représente déjà une puissance nucléaire, il est certain que Hu partagera avec Roh son désir de prudence et de modération, lorsque celui-ci se rendra en Chine la semaine prochaine, quatre jours après le sommet sino-japonais.Comme les Etats-Unis, la Corée du Sud se tourne vers la Chine pour qu'elle dissuade la Corée du Nord de ses ambitions nucléaires. Ce que la Chine fait vraiment - ou ce qu'elle peut faire - est loin d'être clair. L'influence de la Chine sur Pyongyang, comme on l'a vu avec son incapacité à convaincre la Corée du Nord de ne pas tester ses missiles, est hautement limitée.
La Chine, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis resteront probablement incertains de leur réponse si la Corée du Nord devait vraiment tester une arme nucléaire.
L' "isolement" de la Corée du Nord, que la plupart des experts prédisent, ne durerait probablement pas longtemps après le premier tour de dénonciations vigoureuses et de récriminations, après quoi la Chine et la Corée du Sud reprendraient leurs affaires comme d'habitude, tandis que le Japon et les Etats-Unis poursuivraient leurs menaces de durcir leurs propres sanctions. Sur le plan militaire, pas grand chose se passerait au-delà des "états d'urgence".Toutefois, en ce qui concerne la sécurité réelle de la région, un essai [nucléaire] pourrait placer les nations environnantes sur la trajectoire terrifiante de la course aux armes nucléaires. Le Japon, en plus d'abandonner tout simulacre d'une "constitution pacifique", pourrait monter en régime en tant que superpuissance militaire, non seulement face à la Corée du Nord, mais aussi face à la Chine. De plus, la Corée du Nord pourrait accroître ses exportations de technologie et de composants nucléaires vers l'Iran et autres marchés possibles.Dans cet environnement dangereux, Ban a une chance d'amener les Nations-Unies à jouer un rôle sérieux. Son penchant pour le compromis souriant et la réconciliation a cependant caractérisé sa carrière, qui inclut un circuit antérieur comme ambassadeur auprès de l'Onu et comme bras droit d'un autre Coréen, Han Seung-soo, lorsque ce dernier fut président de l'assemblée générale des Nations-Unies en 2001."Il est juste avec tout le monde", dit Moon Jung-in, professeur de relations internationales à l'Université Yonsei. "Son leadership n'est pas charismatique, il est consensuel". Si cette qualité est ce qui est nécessaire pour diriger l'Onu, il est toujours loin d'être clair si un consensus pourrait être atteint lorsque qu'il s'agira de contrecarrer les ambitions nucléaires de la Corée du Nord.
Le journaliste Donald Kirk a couvert la Corée - et la confrontation des forces en Asie du Nord-Est - pendant plus de 30 ans.

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